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© photo : Jean-Lionel Dias / Le Carton
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My Seddik Rabbaj Inch'Allah extrait
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Il se rappelle de la première dent : les gens lui avaient parlé de la main habile de cet arracheur, et sa voisine édentée, qui avait tout nettoyé chez Jaâfar, lui avait dit que l’opération était semblable à l’enlèvement d’une épine au talon d’un campagnard. L’emplacement de Jaâfar l’avait beaucoup encouragé. Il occupait une place presque cachée par des ramures ombreuses à l’extrémité droite du souk, place où l’afflux des passants était moindre. Moh salua respectueusement l’arracheur qui le prit comme un petit gamin par le bras, le plaça sur son tabouret pliant et lui versa un verre de thé. Ils causèrent un petit peu, de tout et de rien tandis que, sans interrompre la discussion, Jaâfar préparait sa boite à outils, une grande trousse d’écolier qui contenait une panoplie de daviers. Il demanda à Moh de lui indiquer la dent malade, puis, selon son aspect et sa grandeur, Jaâfar choisit l’outil adéquat. Après, il lui demanda de s’asseoir par terre, se déplaça doucement derrière lui, lui tourna la tête vers le ciel, la coinça entre ses genoux et lui ordonna d’ouvrir complètement la bouche. Comme un rapace, Jaâfar plongea alors le bec de sa pince dans la bouche du patient, saisit la dent de ses racines et tira de toutes ses forces ! Les cris du patient ne l’intimidèrent pas, il fit bouger la dent à gauche et à droite, la poussa en bas puis la tira en haut. Moh sous l’effet de la douleur s’agrippait à l’avant-bras du vieillard mais c’était déjà trop tard, l’opération était amorcée : Jaâfar ne pourrait plus le lâcher, à aucun prix, même si on l’avait assommé. Un ultime effort et la dent était enfin tenue par le vieil homme qui sourit en la montrant à Moh. « Regarde, elle a trois racines. Heureusement qu’elles sont toutes extirpées ; n’importe quel autre mâalem dans le souk ne peut les arracher d’un seul coup. Vas-y mon fils, crache à côté et viens que je te donne un sédatif. » Il lui tendit une solution de sel et d’eau, lui demanda de garder une gorgée un quart d’heure durant. Moh lui donna trois dirhams en guise de paiement, le remercia avec des gestes de la tête et des sons étouffés, s’inclinant même pour lui embrasser la main. Jaâfar garda les dirhams dans le creux de la main sans les compter et accompagna ses psalmodies par des tapotements sur les épaules de Moh. Il acceptait tout, même un simple remerciement religieux, quelques œufs, un poulet, un peu de céréales, quelques dirhams… Il estimait que c’était de son devoir de débarrasser les gens de leur douleur. Deux jours après, Moh s’étant rendu compte que Jaâfar lui avait arraché la dent côtoyant celle qui était malade, il fut obligé de retourner chez lui le lundi suivant pour subir la même opération et se faire extraire la cariée. Malgré cet incident fâcheux, son estime pour lui reste inébranlable. Il sait bien qu’une faute de travail peut arriver à tout le monde. |
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